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Un art d’architecture

Si les verrières verticales remontent au Moyen Âge, les verrières en couverture ne voient le jour qu’au XIXe siècle avec l’invention de l’acier et le développement des passages couverts entre les immeubles. Une des premières grandes verrières est réalisée pour l’Exposition universelle de 1851 avec la construction du Crystal Palace (voir ci-dessous) à Londres. Une des plus spectaculaires encore visible aujourd’hui est celle du Grand Palais. Mais ce sont les passages couverts parisiens et les grands magasins qui ont donné à la verrière ses lettres de noblesse.

Crystal Palace, Londres

L’utilisation de l’acier permet de concevoir des structures légères accueillant de grandes vitres. Ces structures vitrées voient le jour dans les halls de grands magasins et de passages couverts mais aussi de gare, de serres, de théâtres, de palais…

Verrière des Galeries Lafayette, Paris

La verrière française la plus belle est sans conteste celle des Galeries Lafayette à Paris. Elle repose sur dix piliers métalliques et est directement visible du rez-de-chaussée du magasin. Il s’agit d’une coupole en vitrail de style Art Nouveau, réalisée en 1923 par Jacques Grüber. Au début de la guerre de 1939-45, elle a été entreposée à Clichy. La coupole fut restaurée en 1973 par le petit-fils de Brière, l’architecte initial, selon les plans d’époque. En 1975, la façade et la coupole des Galeries Lafayette ont été classées comme monuments historiques.

Grande Verrière du Polygone, Montpellier

En le thème de la verrière monumentale dans une acception résolument contemporaine et épurée, Le Polygone s’inscrit dans la lignée d’une architecture française traditionnellement attachée à valoriser la lumière depuis l’art gothique jusqu’aux grands magasins du siècle dernier.

Du mall traditionnel à l’architecture de la transparence

Depuis cinquante ans, date d’ouverture du premier centre commercial en France, les habitudes de consommation ont changé et, avec elles, l’architecture des centres commerciaux. Tenant compte de ces évolutions, la Grande Verrière marque l’entrée du Polygone dans le XXIe siècle.

A l’origine, le centre commercial se voulait un lieu clos, tout entier tourné sur ses galeries et ses boutiques. Ce concept américain, le mall, était lui-même inspiré d’un concept français, né au XIXe siècle, le passage couvert. A l’instar des grands centres commerciaux de la première génération, Le Polygone n’échappait pas à la règle. Lors de son ouverture en 1975, ses clients découvraient un univers radicalement différent de l’extérieur et de ses contingences, protégé des caprices météorologiques, indifférent aux heures de la journée.

Quarante ans plus tard, changement radical. La consommation n’est plus un motif suffisant de fréquentation. L’environnement est devenu une préoccupation partagée. Le shopping, une promenade autant qu’un acte d’achat. De fermé, le centre commercial est invité à s’ouvrir sur l’extérieur et à s’intégrer à l’environnement urbain. Pour les centres commerciaux de centre-ville, c’est une chance et un défi. Une chance car le lien avec la ville est de fait inscrit dans son ADN, à la différence des zones commerciales de périphérie. Un défi car le centre commercial comme Le Polygone doit s’adapter tout en conservant les atouts qui en font la première locomotive du centre-ville.

C’est tout l’enjeu de la Grande Verrière : ouvrir le Polygone. L’ouvrir sur le ciel, l’ouvrir sur la vie, laisser entrer la lumière.

Quand un centre commercial s’ouvre sur le ciel

De jour, elle fera entrer la lumière et le soleil. De nuit, elle éclairera le ciel montpelliérain.

Avec ses 120 mètres de long et sa forme ondulée, la verrière conçue par Jean-Paul Viguier qui remplacera l’énorme toiture existante ne sera pas seulement une magnifique réalisation architecturale de plus dans une ville qui en compte déjà de nombreuses, elle sera « le nouveau symbole urbain » et la « nouvelle signature du centre-ville de Montpellier » que Philippe Saurel appelait de ses vœux en 2016.

Un spectacle pour les habitants, pour les touristes, les clients. Un plus pour les commerçants qui pourront bénéficier de vitrine atteignant jusqu’à 7 mètres de hauteurs, soit le double de ce qui existe aujourd’hui. Afin de prévenir un « effet de serre », le confort thermique a fait l’objet d’une étude minutieuse conjuguant analyses de d’ensoleillement, occultation variable selon la source de lumière et ventilation naturelle. Autant de paramètres destinés à garantir le confort des clients en réduisant les besoins en climatisation et la consommation énergétique de l’édifice.

Un chantier complexe

Difficile chantier que celui de la Grande Verrière du Polygone. Pour remplacer l’ancienne couverture, il aura fallu mener des études particulièrement poussées pour assurer le respect des nouvelles normes sismiques, puis intervenir sur un bâtiment datant de plus quarante ans sans modifier sa structure. La société EIFFAGE METAL a su relever le défi. Les travaux dureront un peu moins d’un an. Les éléments commenceront à être montés en juillet 2019. L’ensemble des travaux sera achevé au printemps 2020.


Une réalisation de Jean-Paul Viguier

Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris en 1970, Jean-Paul Viguier obtient en 1973 un Master of city planning in urban design de l’université de Harvard. De retour en France, il anime une rubrique d’architecture urbaine dans la revue Urbanisme. De 1975 à 1992, ses projets ont été réalisés dans le cadre de l’Agence Jean Paul Viguier, Jean-François Jodry et associés.

L’agence Jean-Paul Viguier SA d’Architecture puis Jean-Paul Viguier et Associés, Architecture et Urbanisme bénéficie d’une reconnaissance internationale notamment grâce au siège de France Télévisions, à Paris, la Tour de Cœur Défense à Paris, l’hôtel Sofitel Water Tower à Chicago, le McNay Art Museum à San Antonio, au Texas, premier musée d’art moderne construit aux Etats-Unis par un architecte français, la Tour Maroc Telecom à Rabat, la Tour Majunga à La Défense, le Campus SFR à Saint-Denis, l’IUCT – Institut Universitaire du Cancer à Toulouse dans un campus unique…

Jean-Paul Viguier a également l’expérience des centres commerciaux. C’est à son agence que l’on doit notamment l’extension de Carré Sénart ou plus récemment le centre commercial de centre-ville, Muze, à Metz.

En savoir plus

Un geste architectural à la mesure de la tradition architecturale de Montpellier

Grande Verrière du Polygone

A Montpellier, la réalisation de Jean-Paul Viguier sur une terre à l’architecture contemporaine sous toutes ses formes.

L’élégante verrière aux arcs croisés du Polygone vient enrichir une longue tradition d’ouverture à l’architecture contemporaine qui fait de Montpellier une ville avant-gardiste dans ce domaine. On pense évidemment au quartier Antigone conçu par Ricardo Bofill. Mais il faut également citer Port Marianne qui s’est construit grâce à l’inventivité de grands noms de l’architecture tels que André Fainsilber, René Dottelonde, Claude Vasconi, Rob Krier et Nicolas Lebunetel, Architecture Studio, Christian de Portzamparc, Jean Nouvel, François Fontès, Antoine Garcia-Diaz…

Plus récemment, Jean Nouvel et François Fontès ont conçu le nouvel hôtel de ville de Montpellier, un immense cube bleu, Place Georges Frêche, Zaha Hadid les archives de Pierres Vives.

Dernière réalisation marquante, L’Arbre Blanc, une tour imaginée par Sou Fujimoto, Nicolas Laisné et Manal Rachdi, a accueilli ses premiers habitants au début de l’année.